Notice descriptive

715 W 33 à 35, 1064 W 1, 688 W 1 à 527, 1030 W 1 à 5 - Institution spéciale d'éducation surveillée de Brécourt. - Enfants placés : registres d'entrée-sortie et dossiers individuels. 1941-1990, 2024

  • Institution spéciale d'éducation surveillée de Brécourt. - Enfants placés : registres d'entrée-sortie et dossiers individuels.
  • Nom du producteur
    Institution spécialisée d'éducation surveillée de Brécourt (Labbeville, Val-d'Oise, France)
  • Présentation du producteur

    C’est pendant le second conflit mondial que les services de l’Éducation surveillée donnent carte blanche à Dominique Riehl, psychologue à Strasbourg spécialisée dans la problématique des adolescents délinquants et assistante du Professeur Lagache. En octobre 1944, alors que la France est encore occupée par l’ennemi, D. Riehl devient la directrice de l’Ecole de préservation de Cadillac (Gironde) qui n'est autre qu'un établissement pénitentiaire, avec la ferme décision d’y appliquer ses méthodes. Sa réforme s’élabore et se rôde à Cadillac, mais le profond désir de son instigatrice est de "tenter du neuf sur du neuf", pour cela elle veut trouver un vaste domaine neutre et agréable.
    Ce sera le domaine de Brécourt, commune de Labbeville dans le Val-d'Oise, une ferme remontant au XVIe siècle et un château de la fin du XIXe siècle, avec une propriété de plus de 60 hectares confisquée par l'Etat à un entrepreneur autrichien en 1944. L'Institution spéciale d'éducation surveillée (ISES) de Brécourt, unique internat public pour les filles, ouvre en avril 1947. D. Riehl y exerce en tant que directrice de 1947 à 1964 et amène avec elle une partie des éducatrices de Cadillac. Un système pavillonnaire est mis en place, 12 jeunes filles par résidence (pour une capacité totale de plus de 60 jeunes), avec de nombreux ateliers professionnels et ceci dans un cadre superbe. A l’époque, cet institut qui accueille des jeunes de 14 à 21 ans (date légale de la majorité) est considéré comme une réussite et reçoit des visiteurs venus de toute l’Europe (magistrats, pédagogues). Les mineures admises le sont après un jugement du tribunal pour enfants ou par application du droit de correction paternelle et une décision du ministère de la Justice.
    Pourtant assez vite l’institution se sclérose et surtout revient aux obsessions habituelles concernant les filles : la discipline des corps pour éviter tous les débordements sexuels. Cet établissement clos sur lui-même et peu apte à évoluer avec la société des années 1970, ferme ses portes en 1994. Il s'était entre temps ouvert à l'accueil de garçons dès 1975 mais surtout à partir de 1977. Le domaine est racheté par le Conseil départemental du Val-d'Oise qui le confie en juillet 1997 à une communauté religieuse pour l’insertion d’un public de jeunes adultes (La Fraternité Saint-Jean).
    Source : Véronique Blanchard http://enfantsenjustice.fr/?Brecourt

  • Modalités d'entrée

    Ces dossiers ont fait l'objet de plusieurs versements successifs de la Direction départementale de la protection judiciaire et de la jeunesse du Val-d'Oise :
    - le 28 juin 1991 : des dossiers d'enfants sous la cote 688 W ;
    - le 16 avril 1992 : trois registres d'entrée et sortie des enfants, sous la cote 715 W 33 à 35 faisant partie d'un ensemble plus important d'archives administratives de l'institution ;
    - le 29 juillet 1999 : un reliquat de dossiers d'enfants, qui avaient été extraits du fonds pour étude par une équipe de chercheurs associé du Centre de Recherche Interdisciplinaire de Vaucresson-CNRS, sous la cote 1030 W ;
    - le 10 mai 2000 : un registre d'entrée et sortie des enfants, sous la cote 1064 W.

  • Contenu

    Registres d'entrée et de sortie.
    Ils peuvent être inégalement remplis, le modèle changeant à partir de 1966, mais on y trouve en général :
    - numéro matricule ;
    - nom et prénom ;
    - date et lieu de naissance ;
    - religion ;
    - date, motif et durée de l'internement et juridiction l'ayant prononcé ;
    - dates d'entrée et sortie ;
    - signalement physique, voire photographies d'identité à des âges différents ;
    - filiation ;
    - antécédents sur la famille et la conduite ;
    - état de santé ;
    - appréciation sur la conduite dans l'institution (religieuse, morale, scolaire et professionnelle, lien avec la famille) ;
    - motif de sortie, lieu de résidence après sortie, voire indication sur la situation familiale (mariage).

    Dossiers individuels
    Les dossiers peuvent être disparates : très nourris généralement pour les années 1950-1960, ils s'appauvrissent au fil du temps, et quelque-uns ne comportent qu'une chemise vide portant l'identité de l'enfant. Ils renseignent sur 1 389 mineurs dont 1169 filles et 220 garçons.

    On trouve dans un dossier type :
    - une fiche résumant le séjour à Brécourt et les internements précédents ;
    - un sous-dossier administratif : fiche d'admission, photographie d'identité (sans que cela soit systématique), pièces d'état civil, ordonnance de placement du tribunal pour enfants, permissions de sortie, inventaire du trousseau à l'arrivée, gestion de l'argent individuel (pour les cigarettes par exemple), inscription à la sécurité sociale... ;
    - un sous-dossier scolaire, psychologique et médical : rapports journaliers et synthétiques sur le comportement et la personnalité de l'adolescent, parfois correspondance des jeunes saisie par les éducateurs et venant à l'appui des appréciations ; suivi médical dont carnet de santé et ordonnances médicales, suivi des résultats scolaires et du placement en apprentissage avec souvent les cahiers d'exercices scolaires (dictée, mathématiques ou sciences avec toujours des applications sur la vie quotidienne, cours de couture...) ;
    - un sous-dossier de correspondance avec les autorités judiciaires ou de police (notamment en cas de fugue), avec les parents... ;
    - des éléments plus personnels des jeunes : correspondance avec leur famille et leurs amis, dessins, poèmes, journaux intimes plus rarement photographies de famille ou amicales...

    Les dates extrêmes correspondent aux années de présence dans l'établissement de Brécourt (entre 1947 et 1990) voire, avant la création de Brécourt, de l'École de préservation de Cadillac pour les 35 mineures transférées depuis cet établissement (1941-1947). Trois dossiers font exception pour des jeunes internées uniquement à Cadillac mais dont les dossiers ont suivi à Brécourt du fait de la correspondance suivie avec leurs anciennes éducatrices. Les correspondances conservées peuvent en effet déborder la période d'internement à Brécourt, notamment pour les dossiers les plus anciens, certains pensionnaires donnant régulièrement de leurs nouvelles (lettres, faire-parts de mariage ou de naissance). Les mineurs peuvent rester internés d'un mois à plus de six ans.
    On trouvera sous la cote 688 W 527 les dates de naissance des mineurs (entre 1920 et 1988), quand elles sont connues, ainsi que des précisions sur les dates d'internement et s'ils avaient fréquenté l'école de Cadillac auparavant. Pour la période de placement 1947-1970, il convient néanmoins de se référer prioritairement aux registres d'entrée et de sortie tenus par l'établissement lui-même, plus précis mais parfois inégalement remplis (715 W 33 à 35 et 1064 W 1).

    Intérêt des dossiers
    Tous les dossiers d'enfants ayant été conservés, ce corpus homogène constitue une source majeure pour appréhender l'histoire de la protection de l'enfance et son évolution.
    Pour les années les plus anciennes, les analyses sociales et psychologiques portées par les équipes d'éducateurs qui peuvent sembler aujourd'hui brutales et moralisatrices sont le reflet de la société de l'époque. L'enseignement est aussi clairement genré. Les filles se voient proposer un enseignement ménager et de puériculture afin d’exercer des métiers de domestiques ou de couturières ou tout simplement pour devenir d’efficaces femmes au foyer et de bonnes mères de famille en passant à leur majorité sous l'autorité d'un époux ; seules les plus douées d'entre elles peuvent bénéficier de cours de sténodactylographie.
    Les quelques journaux intimes, poèmes, rédactions et dessins permettent d'approcher la souffrance des adolescents internés à la demande de leur famille ou de la justice à la suite de délits (vagabondage, vol, prostitution...) ou de pratiques réprouvées par la société (mauvaises fréquentations, enfants nés hors mariage, avortement, homosexualité...), et leur difficulté à se couler dans le moule qu'on veut leur imposer. Nombreux sont ceux qui fuguent, quelques-uns allant jusqu'aux tentatives de suicides. Pour autant, d'autres continuent d'écrire à leurs anciens éducateurs après leur sortie pour les remercier de les avoir accompagné dans leur chemin de vie.

  • Accroissements

    Fonds clos.

  • Modalités d'accès

    Délai de communicabilité réglementaire : conformément à l’article L213-2 du Code du patrimoine.

    Restrictions d’accès liées à l’état matériel des documents : conformément au règlement de la salle de lecture en vigueur.

  • Modalités de reproduction

    Conformément au règlement de la salle de lecture en vigueur.

  • Sources complémentaires de même provenance

    Archives départementales du Val-d'Oise
    Institution spéciale d'éducation surveillée de Brécourt
    712 W 1 à 52 - Dossiers de personnel 1921-1990, 2022)
    713 W - Rémunération des personnels (1963-1978)
    715 W - Cahiers de réunion et de consignes (1974-1986), budgets (années 1970-1980), plans de l'établissement.

  • Sources complémentaires de même thématique

    Archives départementales du Val-d'Oise
    Direction départementale de la protection judiciaire de la jeunesse du Val-d’Oise
    979 W 4 et 39 à 41 Correspondance avec l’Institution spéciale d'éducation surveillée (ISES) de Brécourt (1974, 1978-1986)
    979W 76 Commission d’évaluation de l’ISES de Brécourt (1986)
    979 W 78 Bilans et évaluation des élèves de l'ISES de Brécourt (1974-1975).
    Ecole de préservation pour les jeunes filles de Cadillac (Gironde)
    714 W - Pédagogie, entrées et sorties des enfants placés (années 1940-1950).

    Conservatoire national des archives et de l'histoire de l'éducation spécialisée et de l'action sociale
    Fonds Dominique Riehl (1929-1994) - 0,7 ml

    Série Fi - Documents figurés
    1 Fi 200 422 à 429 - Campagne photographique d'Olivier Verley avant travaux de réhabilitation des bâtiments (2020).

    Archives nationales
    Ministère de la Justice, Direction de l'administration générale et de l'équipement, Sous-direction de l'action immobilière et de la logistique
    20010377/129, G 1760 - Réhabilitation de l'Institution spéciale d'éducation surveillée de Brécourt (1979-1985)
    19910100/21, G 1000 - Institution publique d'éducation surveillée de Brécourt, restructuration et aménagement : programmes, situation des dépenses pour la construction, plans (1941-1969)
    19910298/65, F 613 et F 621 - Ministère de la Justice, Direction de la protection judiciaire de la jeunesse, Sous-direction de l'action éducative et des affaires judiciaires, Bureau de l'information, des synthèses et de la coordination - Rapports d'activités, statistiques (1961-1980)
    20110110/2 - Ministère de la Justice, Direction de l'administration pénitentiaire - Institution publique d'éducation surveillée de Brécourt : cartes, plans, photographies (1969)
    19850663 - Ministère de la Justice, Direction de la protection judiciaire de la jeunesse, Sous-direction des affaires administratives et financières, Bureau du personnel - Dossiers de personnel de l'éducation surveillée partis en 1984 (retraite ou démission).
    20000111/7 - Justice ; organismes rattachés directement ; Centre de recherches interdisciplinaires de Vaucresson (CRIV) - Institution publique d'éducation surveillée de Brécourt (1947-1968)

  • Bibliographie

    Blanchard, Véronique, Vagabondes, voleuses, vicieuses. Adolescentes sous contrôle, de la Libération à la libération sexuelle, Paris : édition François Bourin, 2019 [ADVO, BIB E 1733]
    Riehl, Dominique, « La rééducation des filles. L’expérience de Brécourt », conférence, in Revue pénitentiaire et de droit pénal, 1956, n° 7/9, pp. 738-754.
    Riehl, Dominique, « L’institution de Brécourt », Rééducation, n° 70-72, oct 1955, pp. 32-35.
    Thomazeau, Anne, « Entre éducation et enfermement : le rôle de l’éducatrice en internat de rééducation pour filles, de la Libération au début des années 1960 », Revue d'histoire de l'enfance irrégulière, juillet 2005 [https://journals.openedition.org/rhei/1108?lang=en]