Maubuisson : les riches archives d'une riche abbaye

L’abbaye de Maubuisson est l’une des trois fondations royales cisterciennes du Val-d’Oise avec celles de Royaumont et du Val, mais c’est la seule dont les archives sont restées sur le territoire et ont réussi à traverser le temps sans grand dommage. Séquestrées à la Révolution française au moment de la nationalisation des biens du clergé, longtemps conservées à Versailles par les Archives départementales des Yvelines et de l’ancienne Seine-en-Oise, elles retrouvent leurs terres d’origine en 1987. 

Un riche fonds d’archives

Cartulaire de l'abbaye, t.1. (jpg - 2720 Ko)

Cartulaire de l'abbaye, tome 1, 1668, [72 H 6]. Ce document a été rédigé à la demande de l’abbesse Louise Marie princesse Palatine.

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Livre de comptes, 1731-1743 [72 H 32]. Dans le chapitre 5 des dépenses apparaissent les coûts d’achat de sucre et de médicaments pour fournir l’apothicairerie du monastère, mais aussi pour rémunérer un arracheur de dents et des gardes malades.

Cet ensemble se distingue par son volume (plus de 60 mètres linéaires) et l'amplitude chronologique couverte (du XIIe au XVIIIe siècle).
Dès le XVIe siècle, les moniales ont eu à cœur de dresser l’inventaire de leurs titres suivant un cadre de classement éprouvé et qui a servi aux archivistes contemporains pour repointer et ordonner les papiers : d’abord les privilèges pontificaux et royaux constamment renouvelés de Saint-Louis à Louis XV, puis les fondations des chapelles et les relations avec le curé, et surtout les possessions foncières classés par ordre alphabétique des paroisses et seigneuries.
Les archives comptables très riches, essentiellement pour la deuxième moitié du XVIIe siècle et le XVIIIe siècle, documentent la vie quotidienne d’une communauté de femmes, d’un niveau social élevé, au travers de ses achats et dépenses.
La vie religieuse est en revanche plus difficile à approcher, en dehors des provisions des abbesses et de quelques contrats de dot de religieuses.

Un vaste domaine foncier

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Détail du plan du dîmage d’Etampes, XVIIe siècle, 46 x 96,5 cm [72 H 107(2) ] Les propriétés de l’abbaye sur Etampes (biens immobiliers et dîmes) proviennent de la donation d’une partie du douaire de Blanche de Castille.

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Terrier de la seigneurie de Brétagnolles dans l’Eure, 1476 [72 H 279]. La première page s’orne d’une lettrine enluminée avec or et feuillages ; les initiales sont agrémentées de visages humains très expressifs.

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Plan terrier de la seigneurie de Brétagnolles, 1767-1780 [72H 253]. Le plan est orné du blason de l'abbaye avec la mention : « par l’ordre de Mme Venture Gabrielle de Ponteves, abbesse à Maubuisson ».

Fondation royale, l’abbaye a été richement dotée dès l’origine et a su faire fructifier son patrimoine au fil du temps. L'essentiel du fonds d’archives concerne donc la gestion foncière d’un domaine très étendu puisqu'allant de l'Ile-de-France (Val-d'Oise, Yvelines, Essonne, Paris), à la Picardie (Oise) et à la Normandie (Eure, Seine-Maritime). Les biens sont extrêmement variés (terres, bois, maisons, moulins, dîmes) et se complètent de privilèges (sur la pêche, le mesurage des grains, la coupe de bois, le commerce du sel…). La rentrée des revenus s’appuie sur des terriers parfois richement ornés.

Regard sur les sceaux

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Amortissement de 30 arpents de terre par le couvent de Chelles à l’abbaye, novembre 1257 [72 H 134(2). Le parchemin a été protégé à une période ancienne par un fin tissu. Le sceau de cire jaune de l’abbaye de Chelles est orné d’une Vierge tenant un sceptre fleurdelisé.

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Sceau royal de Philippe III le Hardi sur une lettre de confirmation de plusieurs titres de l’abbaye, août 1282 [72 H 110(17)]. Le sceau montre le roi en majesté, assis sur un trône aux corps de dragons aux longs cous couverts d'écailles.

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Rente sur le comté d’Eu, 1282-1284 [72 H 143(1)]. Le comte Jean II de Brienne (1221?-1296) est figuré en chevalier chevauchant l’épée à la main, son écu et le caparaçon de son cheval ornés de ses armes (figurant notamment un aigle).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le fonds renferme un grand nombre de documents scellés, souvent de provenance royale, mais pas uniquement. S’y trouvent aussi des sceaux d’abbaye, de juridictions ecclésiastiques ou royales, de chevaliers et de villes. Les sceaux de cire sont par définition fragiles car risquant d’être écrasés ou brisés si laissés dans leurs liasses d’origine. Aussi, les documents scellés ont été extraits dans les années 2000, nettoyés, mis à plat et dotés d’un conditionnement spécifique en matériaux neutres. Une campagne de numérisation de haute qualité en 2024 permet aujourd’hui d’apprécier 186 d’entre eux dans tous leurs détails : avers, revers, méthodes d’attache des sceaux aux parchemins.

Marie-Hélène Peltier, directeur,
Direction des Archives départementales du Val d'Oise
Juillet 2025

Pour en savoir plus

Site internet

Site de l'abbaye de Maubuisson

Fonds d’archives

Fonds de l’abbaye de Maubuisson,(1188-1792), [72 H].
Une charte signée Saint-Louis : amortissement des acquisitions de l’abbaye par Louis IX, juin 1248 [72H 115(5)]  
Traduire et étudier la charte de fondation de l’abbaye de Maubuisson signée de Blanche de Castille, mars 1241 [72 H 115(1)]. 



Bibliothèque

Bonis, Armelle et Wabont, Monique, L'abbaye Notre-Dame La Royale, dite de Maubuisson (XIIIe-XVIIIe siècle), Editions Bonne Anse, 2022 [BIB D 5696]. Commandable en ligne.

Depoin, Joseph, Dutilleux, Adolphe, L'abbaye de Maubuisson (Notre Dame-la-Royale), 1885 [BIB 8/6017]

Depoin, Joseph, Dutilleux, Adolphe, Cartulaire de l'Abbaye de Maubuisson (Notre Dame-la-Royale), 1890 [BIB BIB 4/49/2c]

Théaud, Solenne, Les sceaux de l'abbaye de Maubuisson, Mémoire de maîtrise : Paris X Nanterre, 2001 [BIB D 1438].


Conférence

L’abbaye Notre-Dame-la-Royale dite de Maubuisson, 21 septembre 2022.