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Les Parisiennes à Montmorency

Les Parisiennes à Montmorency, estampe, [1801-1817], ADVO, 1 FI 200 473

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L’achat d’une estampe

L’estampe Les Parisiennes à Montmorency appartient à la série Le bon genre, réunissant une centaine de gravures éditées par Pierre Leboux de La Mésangère (1761-1831). Lié au mouvement encyclopédique des Lumières, cet ancien abbé destitué sous la Révolution devient sous l’Empire et la Restauration un observateur privilégié de la bonne société parisienne. Entre 1799 et 1831, il dirige le Journal des dames et des modes, guide périodique incontournable des mœurs et des usages du temps. Chaque numéro est illustré d’une gravure réalisée notamment par Gatine et Schenker d’après les meilleurs artistes de l’époque, tels que Horace et Carle Vernet, Dominique Bosio, Dutailly ou Louis-Marie Lanté. En 1817, La Mésangère édite en album une première version de la série du Bon genre sous le titre des Observations sur les modes et les usages de Paris pour servir d’explication aux 115 caricatures publiées sous le titre de bon genre, depuis le commencement du dix-neuvième siècle. L’ouvrage connaît aussitôt un grand succès et a été réédité à maintes reprises. De nombreuses estampes telles que Les Parisiennes à Montmorency ont d’ailleurs été publiées en feuille à l’unité, participant à une très large diffusion des modes et du bon goût parisien.

L’exemplaire acquis cette année provient probablement d’un de ces tirages à la pièce, destiné à l’accrochage décoratif. Pour preuve, les couleurs des vêtements sont différentes de celles employées dans les éditions en album consultables en ligne. Ainsi les jaunes des chaussures des personnages deviennent rouges ou gris sur notre gravure, tout comme les châles qui du rouge et jaune passent au noir et bleu.

Un sujet de son temps

Les Parisiennes à Montmorency présente deux élégantes jeunes femmes se distrayant à l’ombre d’un cerisier, l’une faisant de la balançoire, l’autre dégustant des cerises cueillies à même les branches de l’arbre. Les deux sujets évoquent les plaisirs divertissants qu’offre la campagne toute proche de Paris. Thème récurrent depuis le XVIIIe siècle, notamment chez Watteau et Fragonard, la jeune femme à la balançoire est ici repris à la fois comme illustration champêtre mais aussi quelque peu libertine (puisque sa jupe est remontée et qu’on lui voit ses jupons). Quant aux cerises, c’est un symbole dans la peinture de volupté et sensualité – surtout ici où les fruits sont en contact direct avec les lèvres de la jeune femme. Enfin ces fruits célèbrent la variété réputée de Montmorency, localité d’évasion pour la bonne société parisienne.     

Cette estampe est significative de l’œuvre de La Mésangère, caricaturant avec mesure la bonne société française, à la limite de la satire des mœurs bourgeois du début du XIXe siècle. La postérité du Bon genre se poursuit tout au long des XIXe et XXe siècle. Les Observations sont rééditées en 1931 avec une présentation de Léon Moussinac, les aquarelles originales retrouvées ayant fait l’objet d’une luxueuse publication en 1930. L’art et la manière des séries de La Mésangère telles que Le Bon genre inspirèrent encore largement les artistes, les éditeurs et les critiques de mode avant 1940, à l’instar de Gabriele d’Annunzio, d’Anatole France ou de Lucien Vogel.

Sébastien Langlois, service du Patrimoine

Direction des Archives départementales du Val-d’Oise

Octobre 2023

Pour en savoir plus

Bibliographie

LA MESANGERE, Pierre de. Observations sur les modes et les usages de Paris, pour servir d'explication aux 115 caricatures publiées sous le titre de Bon genre depuis le commencement du dix-neuvième siècle. Paris : s.n., 1827, 24 p., 115 pl. en coul. Consultables sur Gallica.

Trente-neuf aquarelles originales pour Le Bon Genre. Paris, Colas, Librairie Denis, 1930, 12 p., 39 planches. (Édition comprenant 39 aquarelles reproduites en fac-similé, dont 8 inédites, par Isabey, Carle Vernet, Garbizza, Dutailly, Auguste Garnerey, Harriet, Pasquier et Lante. Préface et présentation par Charles Martyne et Jacques Mégret).

Observations sur les modes et les usages de Paris pour servir d'explication aux 115 caricatures publiées sous le titre de bon genre, depuis le commencement du dix-neuvième siècle. Paris : éditions Albert Lévy, impr. R. Tamburro 1931. ‘Réimpression du Recueil de 1827 avec une préface inédite de Léon Moussinac).

KLEINERT Annemarie. « La naissance d’une presse de mode à la veille de la Révolution et l’essor du genre au xixe siècle ». Le journalisme d’Ancien Régime. Presses universitaires de Lyon, 1982.

KLEINERT Annemarie, Le « Journal des Dames et des Modes » ou la conquête de l'Europe féminine, 1797-1839. Deutschen Historischen Institut Paris, Supplément de Francia n°46, 2001.