Registres d'entrée et de sortie.
Ils peuvent être inégalement remplis, le modèle changeant à partir de 1966, mais on y trouve en général :
- numéro matricule ;
- nom et prénom ;
- date et lieu de naissance ;
- religion ;
- date, motif et durée de l'internement et juridiction l'ayant prononcé ;
- dates d'entrée et sortie ;
- signalement physique, voire photographies d'identité à des âges différents ;
- filiation ;
- antécédents sur la famille et la conduite ;
- état de santé ;
- appréciation sur la conduite dans l'institution (religieuse, morale, scolaire et professionnelle, lien avec la famille) ;
- motif de sortie, lieu de résidence après sortie, voire indication sur la situation familiale (mariage).
Dossiers individuels
Les dossiers peuvent être disparates : très nourris généralement pour les années 1950-1960, ils s'appauvrissent au fil du temps, et quelque-uns ne comportent qu'une chemise vide portant l'identité de l'enfant. Ils renseignent sur 1 389 mineurs dont 1169 filles et 220 garçons.
On trouve dans un dossier type :
- une fiche résumant le séjour à Brécourt et les internements précédents ;
- un sous-dossier administratif : fiche d'admission, photographie d'identité (sans que cela soit systématique), pièces d'état civil, ordonnance de placement du tribunal pour enfants, permissions de sortie, inventaire du trousseau à l'arrivée, gestion de l'argent individuel (pour les cigarettes par exemple), inscription à la sécurité sociale... ;
- un sous-dossier scolaire, psychologique et médical : rapports journaliers et synthétiques sur le comportement et la personnalité de l'adolescent, parfois correspondance des jeunes saisie par les éducateurs et venant à l'appui des appréciations ; suivi médical dont carnet de santé et ordonnances médicales, suivi des résultats scolaires et du placement en apprentissage avec souvent les cahiers d'exercices scolaires (dictée, mathématiques ou sciences avec toujours des applications sur la vie quotidienne, cours de couture...) ;
- un sous-dossier de correspondance avec les autorités judiciaires ou de police (notamment en cas de fugue), avec les parents... ;
- des éléments plus personnels des jeunes : correspondance avec leur famille et leurs amis, dessins, poèmes, journaux intimes plus rarement photographies de famille ou amicales...
Les dates extrêmes correspondent aux années de présence dans l'établissement de Brécourt (entre 1947 et 1990) voire, avant la création de Brécourt, de l'École de préservation de Cadillac pour les 35 mineures transférées depuis cet établissement (1941-1947). Trois dossiers font exception pour des jeunes internées uniquement à Cadillac mais dont les dossiers ont suivi à Brécourt du fait de la correspondance suivie avec leurs anciennes éducatrices. Les correspondances conservées peuvent en effet déborder la période d'internement à Brécourt, notamment pour les dossiers les plus anciens, certains pensionnaires donnant régulièrement de leurs nouvelles (lettres, faire-parts de mariage ou de naissance). Les mineurs peuvent rester internés d'un mois à plus de six ans.
On trouvera sous la cote 688 W 527 les dates de naissance des mineurs (entre 1920 et 1988), quand elles sont connues, ainsi que des précisions sur les dates d'internement et s'ils avaient fréquenté l'école de Cadillac auparavant. Pour la période de placement 1947-1970, il convient néanmoins de se référer prioritairement aux registres d'entrée et de sortie tenus par l'établissement lui-même, plus précis mais parfois inégalement remplis (715 W 33 à 35 et 1064 W 1).
Intérêt des dossiers
Tous les dossiers d'enfants ayant été conservés, ce corpus homogène constitue une source majeure pour appréhender l'histoire de la protection de l'enfance et son évolution.
Pour les années les plus anciennes, les analyses sociales et psychologiques portées par les équipes d'éducateurs qui peuvent sembler aujourd'hui brutales et moralisatrices sont le reflet de la société de l'époque. L'enseignement est aussi clairement genré. Les filles se voient proposer un enseignement ménager et de puériculture afin d’exercer des métiers de domestiques ou de couturières ou tout simplement pour devenir d’efficaces femmes au foyer et de bonnes mères de famille en passant à leur majorité sous l'autorité d'un époux ; seules les plus douées d'entre elles peuvent bénéficier de cours de sténodactylographie.
Les quelques journaux intimes, poèmes, rédactions et dessins permettent d'approcher la souffrance des adolescents internés à la demande de leur famille ou de la justice à la suite de délits (vagabondage, vol, prostitution...) ou de pratiques réprouvées par la société (mauvaises fréquentations, enfants nés hors mariage, avortement, homosexualité...), et leur difficulté à se couler dans le moule qu'on veut leur imposer. Nombreux sont ceux qui fuguent, quelques-uns allant jusqu'aux tentatives de suicides. Pour autant, d'autres continuent d'écrire à leurs anciens éducateurs après leur sortie pour les remercier de les avoir accompagné dans leur chemin de vie.