Vidéo : Histoire d'une restauration - Les plans de Villarceaux

Vidéo de 7,20 mn présentant les étapes de la restauration de deux plans anciens

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En voix off Marie-Hélène Peltier, directeur des Archives départementales du Val-d'Oise. En parallèle sont tournés des feuilles de plans et des classeurs de cartes postales anciennes.

Nous possédons aux Archives départementales du Val-d'Oise un fonds d'archives qui documente le domaine de Villarceaux dans l'Ouest du département : un domaine qui a appartenu à la famille Tulle de Villefranche et qui nous a remis, dans le cadre d'une procédure de sauvegarde en 1975, 30 mètres linéaires d'archives.

Deux personnes soulèvent d'une étagère un très grand plan roulé et protégé, et l'amènent pour le dérouler sur de grandes tables.

Dans ce fonds qu'on appelle un chartrier se trouvent des documents d'Ancien Régime très intéressants, iconographiques, notamment trois plans très grand format qui ont des dimensions de 2 m² voire 3 m² chacun.

Marie-Hélène Peltier parle devant les tables :

Ces documents ont été officiellement déposés par la famille tout récemment en 2013 et nous nous sommes engagées dans une procédure  d'inventaire, de restauration et de numérisation pour les mettre à disposition du public.

On voit des mains dérouler très doucement un plan très abîmé.

En voix off Marie-Hélène Peltier :

La réalisation de ces plans était confiée à des professionnels, des géomètres-arpenteurs. C'est une profession qui apparaît au milieu du XVIIIe siècle avec une approche finalement très rigoureuse, très scientifique de la représentation du terrain. On voit très vite les forêts, on voit les prés, on voit les bâtiments. On voit, sur ce plan-là par exemple (zoom), le petit cimetière d'Omerville qui est traduit en vert avec sa petite croix rouge.

Marie-Hélène Peltier et un archiviste se penchent sur un plan, puis il y a un zoom sur le cartouche d'un plan. Puis ce second plan est déroulé. Les deux personnes discutent, penchées au-dessus.

Dans le fonds d'archives de Villarceaux, on possède également un plan du XIXe siècle, de 1897.

Marie-Hélène Peltier se trouve devant les tables où a été déroulé le plan :

Ce qui traduit bien la volonté, au fil du temps, des propriétaires de conserver cette vision d'ensemble du domaine.

En voix off Marie-Hélène Peltier. Des mains soulèvent des morceaux de plan déchirés, cornés, pliés, voire de tous petits morceaux :

Autant le plan d'Ancien Régime s'apparente à un puzzle, autant le plan du XIXe siècle s'apparente à des miettes qu'il faut refixer parcelle après parcelle…

Marie-Hélène Peltier se trouve devant les tables où a été déroulé le plan :

… ce qui va compliquer sérieusement le travail du restaurateur.

Toujours tous les deux penchés au-dessus des plans, intervention de Mathieu Boudry, directeur de l’Atelier Filigrane à qui va être confié la restauration des plans et à côté une jeune femme, la restauratrice :

Mathieu Boudry : On ne pourra pas faire disparaître ces taches mais le fait de nettoyer va estomper un peu cela et va lui rendre une uniformité qui nous permettra de le regarder après comme il convient.

En voix off Mathilde Bigot, restauratrice d'arts graphiques. On voit l'équipe de restaurateurs travailler aux étapes expliquées ci-après :

Quand le document arrive ici, on le développe complètement. On fait un constat. On le prend en photo d'abord. Dans un deuxième temps, on enlève cette fameuse toile de façon mécanique, assez facilement puisque en l'occurrence la colle ancienne n'adhérait plus vraiment. Donc on a pu la déliter petit à petit en fait sans altérer l'œuvre.

Le gommage c'est assez long puisqu'en plus de cela, il faut respecter toutes les zones colorées, les zones aussi qui sont manuscrites. Il y en a certaines qui sont faites aussi avec des graphites. Cela se voit très peu. Du coup on est attentionné à ne pas altérer l'œuvre.

La gomme éponge est beaucoup plus douce et elle permet d'homogénéiser justement la surface qui est empoussiérée.

En interview, Mathilde Bigot dans l'atelier de restauration :

Donc l'œuvre est posée sur la table sur un intissé et à ce moment-là on commence l'humidification.

En voix off Mathilde Bigot. On voit l'équipe de restaurateurs travailler aux étapes expliquées ci-après :

Cela permet de détendre le papier. On vient homogénéiser cette humidification grâce à une brosse et le papier va gonfler. Donc il va se détendre petit à petit, reprendre une place normale qui va nous permettre de la travailler doucement en fait. A ce moment-là on va commencer à recoller tous les joints, ce qu'on appelle les joints sont les superpositions de différents papiers. On va aussi faire les renforts, on va faire les consolidations.

En interview, Mathilde Bigot dans l'atelier de restauration :

On monte une toile. Donc là en l'occurrence on a choisi une toile assez épaisse puisque ce sont des plans d'assez grands formats.

En voix off Mathilde Bigot. On voit l'équipe de restaurateurs travailler aux étapes expliquées ci-après :

Une fois que la toile est montée, on pose un Bolloré. Le Bolloré c'est un papier qui permet de mettre une barrière entre l'œuvre et la toile. Pour le poser on humidifie le papier lui-même, le papier Bolloré. On encolle la toile avec de la colle d'amidon qui est une colle réversible que l'on peut utiliser dans le domaine de la restauration. Le papier Bolloré est ensuite tiré puis posé sur la toile. On ré-encolle en totalité toujours avec de la colle d'amidon et à ce moment-là on vient plaquer l'entoilage avec notre Bolloré sur l'œuvre en fait. Là on est par le dos. Et à ce moment-là on vient maroufler la toile au papier d'œuvre. Et une fois que l'on relève notre châssis, l'œuvre est collée à la toile.

En interview, Mathilde Bigot dans l'atelier de restauration :

Et donc, là on vient par la face…

En voix off Mathilde Bigot. On voit l'équipe de restaurateurs travailler aux étapes expliquées ci-après :

… remettre les déchirures dessus-dessous, ré-aligner, voir si tout est bien placé, s'il y a besoin de déplacer. L'œuvre est encore humide, la colle n'est pas encore sèche donc il y a possibilité à ce moment-là de jouer sur cette atmosphère encore aqueuse…

En interview, Mathilde Bigot dans l'atelier de restauration :

… qui permet de manipuler l'œuvre encore quelques minutes.

En voix off Mathilde Bigot. On voit l'équipe de restaurateurs travailler aux étapes expliquées ci-après :

Ensuite on vient combler. Il y avait des grosses lacunes que l'on vient combler avec du papier Japon 95 grammes. C'est un papier qui est aussi de conservation, qui est neutre, qui est stable dans le temps, tout cela avec de la colle d'amidon. Parfois, il y a de petits décollages en fait qui s'effectuent. Dans ce cas-là nous on revient réappliquer avec un plioir et un intissé pour fignoler en fait les petites choses qui se sont décollées. L'œuvre va sécher tranquillement.

On voit le résultat : les deux plans ré-entoilés, posés à la verticale dans l'atelier de restauration avec les quatre personnes regardant le plus récent.

Mathieu Boudry : Il nous reste encore deux-trois pièces à contrôler pour essayer de replacer quelques morceaux. Mais globalement on est au bout.

En voix off Marie-Hélène Peltier avec un zoom sur le plan du XIXe siècle puis le plan dans son entier :

La finalité c'était peut-être une vision globale du domaine pour justement voir quels pouvaient être les échanges de terrains entre différents propriétaires pour avoir un domaine plus compact.

Patrick Lapalu, archiviste, montrant des endroits précis sur le plan:

On en voit beaucoup ici et là.

Marie-Hélène Peltier montrant le même plan :

Voilà, c'est la précision, la minutie de l'information qui l'emporte sur la représentation du paysage. Ici, il faut être vrai.

Se tournant vers le plan du XVIIIe siècle que l'on voit en entier puis zoomé :

Ici, il faut être beau, vraisemblable, donner la vision générale.

En voix off Marie-Hélène Peltier. On voit la salle de lecture des Archives départementales et une lectrice naviguant sur les pages du site Internet des Archives concernant le fonds de Villarceaux.

L'enjeu de la restauration de ces plans, c'est bien évidement de permettre l'étude d'un grand domaine sur une période assez longue, puisqu'on a la chance de pouvoir voir cette partie du Val-d'Oise de cinquante ans en cinquante ans : à travers les plans du fonds Villarceaux mais aussi à travers le cadastre napoléonien et d'autres plans cartographiques conservés aux Archives départementales du Val-d'Oise.

Réalisation Philippe Lhomel

Remerciements : l'Atelier Filigrane et à la famille Tulle de Villefranche

Conseil départemental du Val-d'Oise/Archives départementales / 2017.