Festival de vieilles charrues à … Groslay (Val-d'Oise)

L’industrie à la campagne

Affichage plein écran « Usine Magnier-Bédu - les forges ».   - <p class="description">Edit. H. Boyer, v. 1902-1930, ADVO, 30Fi 452 33. Acquisition 2016.</p>

Edit. H. Boyer, v. 1902-1930, ADVO, 30Fi 452 33. Acquisition 2016.

Fin XIXe siècle-début XXe siècle, Groslay est une commune de Seine-et-Oise où prédomine l’agriculture. La production maraîchère et fruitière – la célèbre poire de Groslay –  alimente le marché parisien. Les cheminées d’une usine, les fumées de la forge et les trépidations des marteaux pilons rythment pourtant le quotidien des habitants.

Ernest Magnier (1860-v. 1934), fils de maréchal-ferrant picard et maire de la commune de 1919 à 1925, y a en effet installé une florissante entreprise de machines agricoles, qui passe à son fils aîné Edgar en 1935. Sortent des ateliers des charrues, des herses, des semoirs, des arracheurs de pommes de terre, des pressoirs à vin, des concasseurs de grains,…

A l’origine petit atelier de forgeron situé rue de la Nouvelle poste, l’entreprise s’est installée depuis 1902 rue du Carrefour Saint-Martin à proximité des voies de chemin de fer de la Compagnie du Nord. D’une quinzaine d’ouvriers en 1899, l’entreprise familiale dans laquelle travaille aussi le frère Aimé, est passée à 83 en 1932. L’équipement des ateliers a grossi en conséquence. C’est d’abord un marteau pilon de 500 kg en 1902. Un plan de l’usine en 1910 indique un four, six forges de deux à quatre feux et un deuxième marteau pilon de 350 kg, des ateliers pour polir, percer et ajuster les différentes pièces des machines. En 1932 ceux-ci sont équipés de cinq marteaux pilons plus performants. Il faut dire que l’entreprise a profité des commandes liées aux  besoins de la défense nationale et de l’agriculture pendant la Grande Guerre.

Le raccordement direct de l’usine au réseau ferré national facilite la commercialisation des produits : les acheteurs peuvent venir de Paris voir les différents modèles exposés dans un vaste magasin ; la production peut rejoindre l’ensemble du territoire français et les ports pour l’exportation.


Une entreprise reconnue vendant à l’international

Affichage plein écran « La première marque du monde, charrues Magnier-Bédu… Groslay. - <p class="description">Paris : imp. Gentil., v. 1930, ADVO, 17Fi 194. Acquisition 2012.</p>

Paris : imp. Gentil., v. 1930, ADVO, 17Fi 194. Acquisition 2012.

Affichage plein écran Usine modèle de Groslay, instruments agricoles en tous genres : facture à en-tête.  - <p class="description">1902, ADVO, 7M 20.</p>

1902, ADVO, 7M 20.

L’agriculture est alors un grand marché pour l’industrie, les paysans ayant soif de modernisation. Selon les experts du Premier Plan (1946-1947), on comptait avant-guerre environ 700 constructeurs de machines agricoles en France, dont 90% avec moins de 50 salariés. Pas moins de 5 000 outils agricoles adaptés à tous types de cultures et de terres figurent au catalogue de l’entreprise en 1914. L’entreprise collectionne les prix quasiment en continu aux expositions universelles et internationales (Paris en 1900, Saint-Louis en 1904, Londres en 1908, Casablanca en 1915, Rio de Janeiro en 1922,…), plus modestement dans les comices agricoles de Seine-et-Oise. Ernest Magnier est élevé au rang de chevalier de la légion d’honneur en 1912 pour service rendu à l’industrie.

Catalogues et affiches mettent en avant la performance de l’outillage et sa qualité avec l’acier extra dur « Jupiter ». La durée de vie est quasi illimitée sous réserve d’un bon entretien et du remplacement de quelques pièces usagées : « Une bonne charrue se transmettra souvent de père en fils ». Les charrues sont adaptées à la traction animale (avec des attelages pouvant monter jusqu’à douze bœufs), comme mécanique. Leur usage en est facile : une facture à en-tête dès 1902 n’hésite pas à montrer dans une campagne paisible un fermier conduisant tel un cowboy une charrue tractée par deux chevaux fougueux.

La politique commerciale est aussi agressive à l’international pour faire face aux concurrents, notamment américains. Sur ces affiches, Magnier-Bédu n’hésite pas à affirmer être « la première marque du monde » : sa charrue, tirée par quatre hirondelles, survole triomphalement le globe terrestre sous les rayons du soleil. Ses catalogues montrent l’emploi de ses produits dans les colonies : à Madagascar ou en Afrique, dans les champs de manioc ou pour piler le mil.


Enrichir la connaissance de l’entreprise

Affichage plein écran Stand de la société Magnier Bédu au concours agricole de Paris, Agence photographique  - <p class="description">Février 1912, Agence photographique Rol, ADVO, 1Fi 83 4. Acquisition 2016.</p>

Février 1912, Agence photographique Rol, ADVO, 1Fi 83 4. Acquisition 2016.

Les ressources sur l’entreprise Magnier Bédu aux Archives départementales se limitent à quelques cartes postales, catalogues, affiches publicitaires, résultats d’expositions universelles et concours agricoles, repris dans la presse locale, ainsi qu’au dossier d’installation classée instruit par la préfecture. Vos connaissances sur des archives complémentaires (correspondance commerciale, gestion du personnel,…) seraient donc les bienvenues.

Marie-Hélène Peltier
Directeur des Archives départementales du Val-d'Oise
Août 2017

Pour aller plus loin

Préfecture de Seine-et-Oise, Installations classées : dossier de l’entreprise Magnier-Bédu (1903-1932) [7M 205]

Société Magnier-Bédu à Groslay. - « La première marque du monde, charrues Magnier-Bédu… Groslay Seine-et-Oise… ». Paris : imp. Camis. Affiche (v. 1930) [17Fi 183]

« Etablissements Magnier-Bédu à Groslay (Seine-et-Oise). Matériel agricole moderne perfectionné. N° 14 ». Catalogue publicitaire de l’entreprise, v. 1927  [52J 60]

Carte postale : [30 Fi 452 30].

Bibliographie

BOURDON, Jean-Paul, « L’américanisation de nos campagnes : affiches agricoles et histoire rurale (1870-1950) », Histoire et sociétés rurales, 2007/2, vol. 28.