Thème - Vie religieuse

Une cloche appelée Denise-Sophie

La grosse cloche de Deuil-la-Barre, 1758,
Conservation des Antiquités et Objets d'Arts du Val-d'Oise, s.d.

Détail : la vierge à l'enfant de la grosse cloche de Deuil-la-Barre,
Conservation des Antiquités et Objets d'arts du Val-d'Oise, s.d.

Deuil-la-Barre, bénédiction de la grosse cloche le 11 mai 1759,
nommée Denise Sophie,  ADVO, 3E55 6.

Un baptême officiel

Bientôt Pâques, qui pour les Chrétiens annonce la Résurrection du Christ. La tradition veut que les cloches qui se taisent car « parties à Rome » depuis le Jeudi saint, reviennent et sonnent à toute volée dans la nuit du samedi au dimanche ramenant des friandises dont les œufs.

Aux Archives départementales du Val-d’Oise, nous trouvons trace des fontes et des bénédictions de cloches des XVIIe au XXe siècle, dans les registres paroissiaux et d’état civil, ainsi que parmi les minutes des nombreuses études notariales valdoisiennes qui nous versent leurs archives.

Ainsi, le 11 mai 1759, la grosse cloche au beffroi du clocher de  l’église Saint-Eugène de Deuil est baptisée par ses parrain et marraine dont elle porte le nom : « Denis Joseph de la Live écuyer seigneur de Deuil, d’Epinay-sur-Seine et autres lieux » et de « madame Elizabet Sophie Françoise de la Live comtesse Dhoudetot » comme nous l’indique un acte notarié.

Un moyen de communication et de cohésion sociale

Dès l’époque carolingienne, sonner les cloches est considéré comme un acte sacré car c’est un acte liturgique. C’est pourquoi il est réservé aux religieux. Au fil du temps, des règlements se mettent en place avec des sonneries religieuses - l'angélus trois fois par jour ou le glas en cas de deuil - et laïques comme le tocsin en cas de danger, de guerre. Elément rassembleur d’une population dispersée en hameaux, la sonnerie de la cloche donne l’heure et rythme la vie quotidienne. Souvent d’ailleurs, il y avait plusieurs cloches associées, de différentes tailles et sonorités. La plupart ont été fondues pendant la Révolution française et les guerres pour en faire des canons.

La décision  d’acheter, de faire fondre ou de réparer une cloche revient à la communauté villageoise. Pesant plusieurs centaines de kilogrammes, son coût est important. Au travail du maître fondeur s’ajoute celui de l’architecte pour son installation dans le clocher (ferrements, clous et vis, cordes, …). Selon les époques, chacun donnait soit de la matière première, de l’argent ou de son temps.

Un objet d’art

Inaccessible et perchée au sommet d’un clocher ou d’un campanile, la cloche est rarement vue de près. Pourtant nombre d’entre elles portent décors en reliefs, blasons et sceaux, en plus de la marque du maître fondeur, de sa date, des noms des parrain et marraine et du sien.

Celle-ci, datée de 1758, en bronze, est décorée de quatre niveaux de guirlandes de fleurs ou feuillages. Les noms des parrain-marraine sont inscrits sous une Vierge à l’Enfant en relief.  

Cette cloche est classée Monument historique depuis le 27 avril 1944. Elle fait partie des 43 cloches classées à ce titre dans le département.

Patrick Clervoy, service des Archives anciennes, modernes et privées
Sophie Delinge, service des Publics
Mars 2015

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Bibliographie

LOURS, Mathieu, « 800 ans de Val-d’Oise campanaire »,  Vivre en Val-d’Oise, 2004, 85, p. 12-15. [BIB REV161/85/2004]

SAMSON, Mireille, « L' église de Nesles-la-Vallée sera-t-elle bientôt restaurée », Vivre en Val-d'Oise, 1997, 43, p. 58-65,[BIB REV161/43/1997]

CALLU, Ginette, « Un baptême de cloches à Groslay, relevé dans le registre paroissial du 18/08/1675 », Stemma, 1997, 3e trimestre, [BIB PER302/75/1997]

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