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Les « Pépères » à Valmondois

Carte postale, Pépères à Valmondois, ADVO, 30Fi311 11.

Des hommes «âgés»

Cette carte postale, écrite à Valmondois le 21 janvier 1915, montre un groupe de territoriaux, encadrés de deux sergents débonnaires, posant devant des ustensiles très peu guerriers. J. Rudolph, affecté à Valmondois, veut rassurer sa femme, restée à Asnières-sur-Seine, en lui indiquant qu’il fait partie de la « R.A.T. », c'est-à-dire la Réserve de l’Armée Territoriale regroupant les plus vieux soldats mobilisés, affectés à l’arrière.

En août 1914, des millions de Français sont partis à la guerre pour faire face à l’Allemagne de Guillaume II, comme presque partout en Europe. Les hommes âgés de 35 à 45 ans ont été intégrés dans les régiments dits territoriaux. Considérés comme trop âgés pour monter au front, ils étaient chargés de surveiller les lieux stratégiques de l’arrière (forts, ponts, voies ferrées, bâtiments officiels, etc.). Ils s’occupaient aussi des travaux de terrassement, du transport des munitions et de matériel, de la garde des prisonniers et même de l’occupation des deuxièmes lignes de tranchées. Parfois même, les plus jeunes allaient jusqu’à tenir par intermittence les premières lignes dans les secteurs réputés calmes.

 

Des hommes de divers régiments

La carte postale est intéressante à plus d’un titre. Valmondois, comme les communes bordant l’Oise et les affluents de la Seine, proches de Paris, était intégrée dans le vaste périmètre du Camp retranché de Paris. Ce village dispose d’une gare dont la voie ferrée dessert à la fois Paris, Pontoise, Creil et même au delà, vers le front. De plus, l’Oise à cet endroit est une rivière canalisée, donc navigable, propice aux transports des hommes et de matériel. Des unités de territoriaux ont donc été envoyées dans la vallée de l’Oise, comme d’autres autour de Paris.

En regardant de près les képis de certains soldats, on arrive à lire le chiffre « 31 ». Or le 31e Régiment d’Infanterie territoriale, originaire de la région d’Alençon, avait pour mission de défendre l’ouest de Paris. Ainsi le 1er bataillon a été chargé d’occuper le secteur de Pontoise, Pierrelaye, et Saint-Ouen-l’Aumône dans les premiers mois de la guerre. Les autres numéros difficilement lisibles démontrent un mélange de diverses unités, consécutif aux mouvements de troupes et aux besoins en hommes ici et là. Il pourrait donc y avoir des hommes du génie ou du train d’artillerie. Nous avons même ici un cycliste, bien jeune pour être un territorial, chargé de la transmission.

 

Des hommes mal équipés

Outre cela, le panachage des tenues démontre les difficultés de l’intendance militaire à fournir aux mobilisés âgés des tenues cohérentes et même réglementaires. Les uns portaient des capotes d’infanterie, les autres des tuniques, des vestes en cuir de conducteur automobile, une blouse et même une veste civile ! Enfin, quatre hommes, sans nul doute affectés à la garde des voies ferrées, étaient armés de fusils Gras modèle 1874, armes que ne portaient plus les soldats du front.

L’inscription « Campagne 1914-1915 » démontre un état d’esprit encore fréquent à cette époque, c'est-à-dire la croyance selon laquelle la guerre allait être courte et finir dans l’année 1915, voire 1916. Ces braves hommes étaient encore loin de douter qu’il fallait attendre trois longues années de guerre avant de pouvoir rentrer à la maison…

Patrick Lapalu, Service des archives anciennes, modernes et privées
Archives départementales du Val-d'Oise
Janvier 2015

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