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Le château de la Chevrette à Deuil-la-Barre (Val-d'Oise)

Vue et perspective du château de La Chevrette (Deuil-la-Barre, Val-d'Oise) : dessin de Louis Dupin de  Francueil, gravure d'Ange Laurent de Lalive de Jully (ca 1750), ADVO, 1Fi55 3.

Un dessinateur amateur, grand père de George Sand

Aujourd’hui disparu, le château de La Chevrette est représenté par une image du XVIIIe siècle, dessinée par Louis Dupin de Francueil et gravée en taille douce par Ange Laurent de Lalive de Jully, le beau-frère de madame d'Epinay. Le dessinateur, né en 1715, est en réalité financier et fermier général, comme son père. Il se marie deux fois en 1737 et en 1777. Sa seconde épouse est Marie-Aurore de Saxe, de 33 ans sa cadette, fille naturelle de Maurice de Saxe. De cette union, naît un garçon Maurice Dupin de Francueil (1778-1808), le père d’Aurore Dupin, la future George Sand.

De 1749 à 1754 Claude Dupin entretient une liaison avec Madame d’Epinay, la propriétaire du château, dont il a deux enfants. Ilaime fréquenter son salon littéraire et philosophique. En conformité avec l’esprit du temps, il multiplie les activités, artistiques comme le dessin et surtout le théâtre du château qu’il dirige. Après sa rupture avec la maîtresse du lieu, il quitte La Chevrette et meurt dans son hôtel particulier de Paris, le 6 juin 1786.

Le petit lieu-dit devient château

Le nom du lieu-dit de Chevrette est mentionné pour la première fois en 1559 dans un acte du Registre des ventes et saisines du Duché de Montmorency conservé aux archives de Chantilly. Le premier propriétaire connu est Maître André Boudel. Etant de la paroisse de Deuil, près de La Barre, il dépend du fief de Crissay. C’est une propriété composée à l’origine de plusieurs édifices, cours et jardins, entourés de fossés et de haies vives. Plusieurs propriétaires se sont succédé. C’est à partir d’août 1636 qu’un financier, Pierre Puget de Montauron (1592-1664), l’acquiert pour y faire construire un château en faisant appel à des artistes connus : l’architecte Frémin de Cotte, le peintre Jacques Blanchard pour les tableaux de la chapelle et, semble-t-il, le jardinier Le Nôtre pour le parc. Il y mène joyeuse vie, attirant le Tout-Paris de l’époque. On évoque alors la « magnificence à la Montauron ».

Les propriétaires suivants cèdent parfois aux sirènes du faste, à commencer par Michel Particelli d’Hemery (1596-1650).  C’est en 1731 que le fermier général Lalive de Bellegarde l’achète pour faire d’importants travaux d’embellissement et d’agrandissement du domaine, dont le théâtre. Un de ses fils, Lalive d’Epinay, épouse en 1744 sa cousine Louise Florence Pétronille Tardieu d’Esclavelles, née en 1726, plus connue sous le nom de Madame d’Epinay.

Un lieu de rendez-vous des philosophes

Elle attire des brillants esprits et fait de son château un salon, comme il y en a en France au XVIIIe siècle. Outre sa belle-sœur la comtesse d’Houdetot, et Louis Dupin de Francueil, s’y retrouvent Jean-Jacques Rousseau, le baron Melchior Grimm, Denis Diderot, l’abbé Galiani et tant d’autres Les fréquentations de haute volée n’éviteront pas des brouilles. Rousseau quittera d’ailleurs La Chevrette fort fâché en décembre 1757. Madame d’Epinay entreprend aussi des travaux de rénovation, entretient une riche correspondance avec ses amis et s’occupe du périodique Correspondance littéraire, en l’absence de Grimm. En 1762, presque ruinée, elle loue son château pour séjourner à La Briche (Epinay-sur-Seine) ou à Paris. La Chevrette est alors occupée, de 1764 à 1780, par la riche famille La Savalette de Magnanville qui en fera une capitale du théâtre. Le domaine est ensuite loué à des Grands d’Espagne, le duc et la duchesse de l’Infantado, de 1780 à 1786.

A la mort de Madame d’Epinay à Paris en février 1783, sa fille, vicomtesse de Belzunce, hérite de ce château mais son mari le fera détruire en 1786 pour une raison encore inconnue. Il reste cependant la conciergerie pour évoquer l’histoire prestigieuse du château, la ferme ayant disparu au XIXe siècle et les écuries dans les années 1960. Actuellement, la conciergerie abrite le musée Michel Bourlet.

Patrick Lapalu
Service des Archives anciennes, modernes et privées
Juillet 2017

Pour en savoir plus :

Bibliographie

BOITEAU, Paul, Mémoire de Madame d’Epinay. Paris : Ed. Charpentier, [s.d.], 2 vol. [BIB E 58 et E 59]

BOURLET, Michel, les grandes heures de la Chevrette à Deuil-la-Barre. [Saint-Ouen-L’Aumône] : Editions du Valhermeil, 1993, 187 p. [BIB 8/3301]

LHONORE, Marie-Thérèse, « Louise d’Epinay et le château de la Chevrette», Mémoire de la Société historique et archéologique de Pontoise, du Val-d’Oise et du Vexin. Pontoise : Société historique et archéologique de Pontoise…,  n°96, 2014, pp. 35-62 [BIB REV18/96/2014]

REY, Auguste, le château de la Chevrette et Madame d’Epinay. Paris : Plon, 1904, 283 p. [BIB 8/510]

VALENTINO, Henri, Madame d’Epinay (1726-1783), une femme d’esprit sous Louis XV. Paris : Perrin, 1952, 345 p. [BIB E 820]

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