Thème - Société

Des pigeons dans les archives

Arrêté préfectoral concernant le recensement obligatoire des pigeons voyageurs, 1935, archives communales déposées de Bonneuil-en-France, ADVO, E-Dépôt55 2H17.

Fiche de recensement des pigeons voyageurs et deux bagues pour la commune d’Argenteuil, 1942, ADVO, 2R91.

Arrêté préfectoral concernant la fermeture des colombiers. 1941, archives communales déposées de Bonneuil-en-France, ADVO, E-Dépôt55 2H17.

Un volatile sous contrôle de l’Armée

Ce texte n’est qu’un des multiples documents susceptibles d’être conservés dans les dossiers d’archives relatifs… aux affaires militaires. En effet, en France, la colombophilie civile a été placée sous le contrôle de l’Armée dès la fin du XIXe siècle.

Auparavant, l’élevage de l’oiseau avait été réservé à la noblesse jusqu’à la Révolution française. Par la suite, il s’était démocratisé à titre de sport et de loisir, notamment dans le nord du pays sous l’influence de la Belgique.

Les militaires français vont commencer à envisager l’utilisation du pigeon comme messager après le siège de Paris par les Prussiens en 1870 : les ballons qui transportaient les dépêches au-delà de la capitale assiégée emportèrent aussi à plusieurs reprises des volatiles. Le bilan de l’opération fut mitigé, puisque sur les 363 oiseaux lâchés, seuls 73 revinrent porteurs d’un message.

Cependant la réflexion était lancée et en 1877, lorsqu’un décret-loi organisa les réquisitions militaires auprès de la population civile, il posa implicitement les bases d’un contrôle sur le pigeon voyageur.

Le recensement officiel des volatiles, sujet de notre affiche, remonte quant à lui à un décret de 1885. A partir de cette date, les propriétaires de pigeons voyageurs doivent se déclarer annuellement auprès de la mairie, qui se charge de transmettre les renseignements à l’autorité militaire, via les préfectures. Enfin en 1896, un décret soumet la détention d’un pigeonnier à autorisation préfectorale. Les archives départementales du Val-d’Oise ont conservé nombre de déclarations et de demandes, ce qui permet de constater que l’activité colombophile existait aussi bien dans les grosses communes (Pontoise, Argenteuil), que dans les plus petites (Ermont, Bonneuil-en-France, Sannois…)

Une réserve utilisée durant les guerres

Les animaux détenus par des civils sont considérés comme une « réserve » destinée à compléter le cas échéant le contingent des pigeons élevés par l’Armée depuis les années 1880. Ils peuvent participer à des concours organisés par l’autorité militaire dans le but de repérer les éléments les plus prometteurs.

Grâce à cette organisation, les pigeons voyageurs trouvent rapidement leur place au front lors des deux conflits mondiaux. On estime à 30 000 le nombre de pigeons voyageurs utilisés par l’Armée française durant la Première Guerre mondiale, contre un million pour les Allemands. Lors de la Seconde Guerre mondiale, 250 000 oiseaux auraient été engagés dans la bataille, tandis qu’en France, les activités colombophiles se voyaient interdites en zone occupée. 

Le dernier pigeonnier militaire

La première fédération colombophile nationale, créée en 1919, est reconnue d’utilité publique en 1930. Extrêmement surveillées, les associations sont quant à elles placées sous la double tutelle des ministères de la Défense et de l’Intérieur, une situation qui perdurera jusqu’en 1994.

Quant à la colombophilie militaire, rattachée au Génie jusqu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, elle dépend désormais des Transmissions. L’Armée entretient aujourd’hui encore un colombier, au fort du mont Valérien.

Roselyne Chapeau, service des Archives communales et de l’Inventaire du patrimoine
Décembre 2016

Le sujet vous intéresse ?

Fonds conservés aux Archives départementales du Val-d’Oise 

Archives communales déposées [E-Dépôt], sous-série 2H « Administration militaire ».

Affaires militaires : Organisation de l’Armée [2R 91 à 93]

Bibliographie

Audroin-Rouzeau, Stéphane, La guerre des animaux : 1914-1918, Artlys, 2007.

Monestier, Martin, Les animaux soldats, Le Cherche Midi, 1996.

Sitographie 

Calvet Florence, Demonchaux Jean-Paul, Lamand Régis, Bornert Gilles, Une brève histoire de la colombophilie, Revue historique des armées [en ligne]. Service historique de la Défense, 2007. Mis en ligne le 16 juillet 2008 [consulté le 10 novembre 2016]. Disponible sur http://rha.revues.org/1403

Chovaux, Olivier, Le comportement du mineur avec ses pigeons : enquête sociologique [en ligne], Vidéo magazine et transcription (1961). Institut national de l’audiovisuel [consulté le 10 novembre 2106]. Disponible sur http://fresques.ina.fr/memoires-de-mines/fiche-media/Mineur00037/le-comportement-du-mineur-avec-ses-pigeons-enquete-sociologique.html

Taquet, José. Historique de la colombophilie [en ligne]. Fédération colombophile française, 2001 [consulté le 10 novembre 2016]. Disponible sur http://www.colombophiliefr.com/pages/historique.htm

Le musée du pigeon voyageur [en ligne], 2009 [consulté le 14 novembre 2016]. Disponible sur http://www.museedupigeon.com/

 

 

Et aussi 

L’âne en guerre et autres animaux soldats, exposition de l’Atelier de restitution du patrimoine et de l’ethnologie, à retrouver sur http://www.valdoise.fr/727-l-ethnologie-en-val-d-oise.htm

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